Meilleure SCPI de rendement : notre méthode pour repérer les vraies performeuses

Meilleure SCPI de rendement : notre méthode pour repérer les vraies performeuses

Le taux de distribution affiché ne dit presque rien de la qualité d'une SCPI. Voici les six indicateurs qui, lus ensemble, séparent une performance solide d'un rendement de vitrine.

Chaque début d'année, les palmarès de SCPI classent les sociétés civiles de placement immobilier sur un seul chiffre : le taux de distribution. C'est le plus mauvais critère possible pris isolément, parce qu'il regarde l'année écoulée et qu'il se manipule facilement. Une société qui puise dans ses réserves, qui vend un immeuble avec une plus-value exceptionnelle ou qui collecte massivement pour diluer ses charges peut afficher une année flatteuse sans que rien ne se soit amélioré dans son portefeuille.

La bonne question n'est pas « quelle SCPI a le mieux payé l'an dernier », mais « quelle SCPI a les moyens de continuer à payer dans cinq ans ». Six indicateurs, lus ensemble, permettent d'y répondre.

Le taux de distribution, à condition de le lire sur dix ans

Le taux de distribution rapporte les revenus versés dans l'année au prix de la part au 1er janvier. Il n'a de sens que comparé à sa propre série historique. Une SCPI qui verse entre 4,2 % et 4,8 % depuis dix ans, sans à-coup, dit quelque chose de la régularité de ses loyers. Une SCPI qui saute de 3,9 % à 6,1 % en un an dit surtout qu'un événement ponctuel s'est produit, et il faut aller chercher lequel dans le rapport annuel.

Regardez aussi la part de ce taux qui provient de plus-values de cession plutôt que des loyers. Les sociétés de gestion la publient. Un rendement soutenu par des ventes d'immeubles est un rendement qui consomme le patrimoine.

Le report à nouveau, la vraie réserve de sécurité

Le report à nouveau est la fraction des loyers encaissés que la société de gestion n'a pas distribuée et qu'elle conserve pour lisser les années creuses. Il s'exprime en nombre de jours ou de mois de distribution. Une SCPI qui détient l'équivalent de trois à six mois de distribution en report peut absorber la vacance d'un gros locataire sans couper son revenu. Une SCPI dont le report est proche de zéro n'a plus d'amortisseur : la première mauvaise nouvelle se répercute directement sur le versement trimestriel.

C'est le premier indicateur que je regarde, avant même le rendement.

Le taux d'occupation financier, et surtout sa tendance

Le taux d'occupation financier mesure la part des loyers effectivement facturés par rapport à ce que le patrimoine rapporterait s'il était intégralement loué. À 95 %, la situation est saine. En dessous de 88 %, il faut comprendre pourquoi : un immeuble en restructuration, un locataire parti, un actif en cours de commercialisation.

Un taux stable à 91 % vaut mieux qu'un taux qui descend de 97 % à 93 % en trois trimestres. La pente compte plus que le niveau.

La valeur de reconstitution comparée au prix de la part

La valeur de reconstitution représente ce qu'il faudrait débourser pour recréer le patrimoine à l'identique : valeur des immeubles expertisée, plus les frais d'acquisition et la commission de souscription. Le prix de la part doit se situer dans une fourchette de plus ou moins 10 % autour de cette valeur, et les sociétés de gestion sont tenues d'ajuster le prix si l'écart la dépasse.

Une part vendue nettement au-dessus de sa valeur de reconstitution signifie que vous payez plus cher que ce que valent les murs. Une part vendue en dessous peut être une opportunité, ou le signe que la société anticipe une baisse d'expertise. Là encore, l'écart s'interprète, il ne se lit pas seul.

La collecte, qui peut être un problème autant qu'un signal

Une collecte abondante est souvent présentée comme une preuve de confiance. Pour l'associé déjà en place, c'est plus ambigu. L'argent qui rentre doit être investi rapidement, sur un marché où les bons immeubles ne sont pas illimités. Une société qui collecte deux fois plus qu'elle ne peut investir garde de la trésorerie non rémunérée, ce qui dilue mécaniquement le rendement de tout le monde.

À l'inverse, une décollecte durable oblige la société à vendre des actifs pour rembourser les sortants, parfois dans de mauvaises conditions. L'équilibre entre les souscriptions et les retraits, publié chaque trimestre, mérite autant d'attention que le rendement.

La composition réelle du patrimoine

Le dernier indicateur n'est pas un ratio : c'est la lecture de la liste des immeubles. Combien d'actifs, dans quelles villes, loués à combien de locataires, avec quelle durée moyenne de bail restant à courir. Une SCPI de vingt immeubles dont trois représentent 40 % des loyers est exposée à trois décisions de renouvellement. Une SCPI de deux cents actifs répartis sur plusieurs pays européens amortit beaucoup mieux un départ.

La durée résiduelle des baux est particulièrement parlante. Quand elle tombe sous trois ans, une part importante du patrimoine va se renégocier à court terme, dans des conditions de marché que personne ne connaît aujourd'hui.

Ce que ces six lectures produisent ensemble

Prises séparément, ces données donnent des SCPI de bon élève sur un critère et fragiles sur un autre. Prises ensemble, elles dessinent un profil : une société qui distribue moyennement mais conserve du report, occupe bien ses immeubles, affiche un prix de part cohérent avec son patrimoine et diversifie ses locataires vaut mieux qu'une société qui domine le palmarès de l'année.

Tous ces chiffres figurent dans les documents réglementaires que la société de gestion doit mettre à votre disposition : le document d'informations clés, la note d'information et le dernier rapport annuel. L'Autorité des marchés financiers rappelle sur son espace épargnants que ces documents doivent être remis avant la souscription, et pas après. Si un intermédiaire vous propose une part sans vous les transmettre, l'anomalie porte sur lui, pas sur le produit.

Une dernière précaution de méthode : ces indicateurs se comparent entre SCPI de même famille. Une SCPI de bureaux européens et une SCPI de commerces de proximité n'ont ni le même cycle, ni les mêmes locataires, ni la même liquidité. Le classement n'a de sens qu'à l'intérieur d'une catégorie homogène.

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